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Histoire·10 min de lecture

La Margarita : enquête sur une origine disputée

Aucun cocktail n'a suscité autant de revendications que la Margarita. Une danseuse, une héritière, un barman de la frontière… chacun réclame l'invention. Et si la réponse se trouvait ailleurs — dans la simple traduction espagnole d'un mot anglais ?

Une hacienda mexicaine au crépuscule, champs d'agaves bleus à l'horizon

La Margarita est le cocktail à la tequila le plus célèbre du monde, et sans doute le plus revendiqué. Une tequila, un agrume, une liqueur d'orange, un bord de verre givré de sel : la formule est limpide. Son histoire, elle, l'est beaucoup moins. Car au moins cinq personnes ont, un jour, affirmé l'avoir inventée.

Les prétendants

La légende la plus tenace situe la naissance de la Margarita à la fin des années 1930, près de Tijuana, où le barman Carlos « Danny » Herrera l'aurait créée dans son établissement de Rancho La Gloria pour une danseuse américaine, Marjorie King, allergique à tous les alcools sauf la tequila. « Margarita » serait la traduction espagnole de « Marjorie ».

D'autres récits se disputent l'honneur. Une riche mondaine de Dallas, Margarita Sames, jure l'avoir improvisée pour ses invités lors de vacances à Acapulco en 1948. Un barman de Ciudad Juárez, Francisco « Pancho » Morales, affirme l'avoir servie en 1942 à une cliente qui avait commandé un autre cocktail. Chacun a ses témoins, ses dates, sa conviction. Aucun n'a de preuve décisive.

La piste du Daisy

L'explication la plus convaincante ne désigne aucun inventeur, mais un ancêtre. « Margarita » signifie « marguerite » en espagnol — soit, en anglais, daisy. Or le Daisy est une famille de cocktails bien connue dès le XIXᵉ siècle : un spiritueux, du jus d'agrume et une liqueur d'orange, servis sur glace. Le Sidecar au cognac en est un ; la Margarita n'en serait que la version à la tequila.

Autrement dit, la Margarita ne serait pas une invention soudaine, mais l'aboutissement naturel d'un gabarit centenaire, adapté au spiritueux mexicain. Les barmen de la frontière n'ont pas inventé une formule : ils ont traduit un Daisy en espagnol, en y versant de la tequila.

Un Sidecar au cognac, cousin de la famille des Daisy
Le Sidecar — cognac, citron, liqueur d'orange — appartient à la même famille des Daisy dont la Margarita serait la déclinaison à la tequila.

La tequila entre dans la danse

Si la Margarita naît dans les années 1930-1940, ce n'est pas un hasard : c'est le moment où la tequila s'invite dans la culture américaine. La proximité de la frontière, puis la Seconde Guerre mondiale qui raréfie les spiritueux européens, poussent les Américains vers l'alcool d'agave du voisin du sud. La Margarita est l'ambassadrice de cette rencontre — le cocktail qui a appris aux États-Unis à aimer la tequila.

La recette canonique

La Margarita classique se secoue sur glace : de la tequila (idéalement « 100 % agave »), du triple sec et du jus de citron vert frais, dans des proportions souvent proches de 3-2-1. On la sert dans un verre dont on aura givré la moitié du bord de sel — la moitié seulement, pour laisser le choix à qui boit. Le sel n'est pas un caprice : il tempère l'acidité et exalte l'agave.

« Le sel sur le bord n'est pas un décor : c'est un assaisonnement. Il fait à la Margarita ce qu'une pincée fait à un plat. »

Le sel, le shaker et la machine

La Margarita a connu une seconde vie, plus bruyante, avec l'invention en 1971 à Dallas de la première machine à Margarita glacée, inspirée des distributeurs de crème glacée. La version « frozen », passée à la glace pilée, a fait la fortune des bars à cocktails américains — au risque de faire oublier l'élégance de la version secouée. Les deux coexistent : la frappée pour la fête, la secouée pour le goût.

Retrouvez les proportions et le pas-à-pas sur la fiche de la Margarita, et explorez les autres cocktails à la tequila dans notre sélection de cocktails.

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